Sonderausstellung

La Chromonica

09.09.2012 – 04.11.2012

La Chromonica ne devint véritablement populaire qu’au milieu et à la fin des années 1920. Son essor s’inscrivait dans un enthousiasme général pour l’harmonica, particulièrement fort aux États-Unis. Hohner exploita cette évolution et l’amplifia par un marketing intensif.

Illustration du dépliant de l’exposition La Chromonica

L’enthousiasme pour l’harmonica et les concours

Les concours d’harmonica organisés dans tous les États-Unis étaient extrêmement populaires. Les jeunes participants jouaient généralement sur des Marine Band ou d’autres modèles diatoniques, mais les plus ambitieux adoptèrent bientôt le nouvel instrument aux possibilités musicales plus étendues.

La participation à ces concours, souvent lancés par Hohner elle-même, devint une véritable mode chez les jeunes. L’idée orchestrale promue à partir de 1922 devait à la fois cultiver la pratique de l’harmonica et, bien entendu, stimuler les ventes. De nombreux jeunes passionnés fondèrent leurs propres groupes et ensembles.

On ignore si et quand les meilleurs membres de l’orchestre Hoxie adoptèrent la Chromonica. Le grand groupe berlinois Stern, figure de proue du mouvement allemand, ne le fit que vers 1950. L’harmonica chromatique à coulisse semble néanmoins avoir percé autour de 1930. Les plus grands virtuoses jouaient déjà sur Chromonica.

Le mouvement orchestral aux États-Unis

Le mouvement des orchestres d’harmonicas, extraordinairement populaire vers 1925–1930, fut même étudié scientifiquement. Le National Survey of Harmonica Bands and Classes, publié au début des années 1930, analysait les réponses de 1 300 chefs de groupes représentant environ 45 000 musiciens.

Philadelphie fut le berceau et le principal centre de création massive d’orchestres. Albert N. Hoxie y commença son travail en 1921/22 et devint la figure emblématique du mouvement. Selon une brochure Hohner de 1931, 40 000 élèves de Philadelphie apprirent l’harmonica en trois ans. Les meilleurs formèrent le Boy Council Harmonica Orchestra, dirigé par Hoxie.

Au printemps 1926, l’ensemble effectua une tournée dans cinq États. Peu après, il reçut l’honneur de devenir l’Official Band of the Sesquicentennial lors du 150e anniversaire des États-Unis. L’ancien membre Jim Prushankin raconta que le groupe jouait surtout de la musique classique et semi-classique à quatre voix, accompagnée par l’harmonica basse, avec le son d’un orchestre symphonique.

Un autre sommet fut le concert donné par le Philadelphia Harmonica Band devant le président Hoover à l’été 1929. Comme plusieurs de ses prédécesseurs, jusqu’à Abraham Lincoln, Hoover aimait l’harmonica.

La naissance des Harmonicats

Beaucoup de musiciens aspirant à devenir professionnels rêvaient de rejoindre les célèbres Harmonica Rascals, mais peu supportaient longtemps l’autorité de Borrah Minevitch. Jerry Murad (1919–1996), futur chef des célèbres Harmonicats, fut l’un d’eux. Né à Istanbul, il grandit à Chicago après l’émigration de ses parents.

Il raconta que sa mère lui avait acheté une Marine Band pour vingt-cinq cents lorsqu’il avait neuf ans. Il apprit rapidement une mélodie simple, puis comprit que l’instrument diatonique ne produisait pas toutes les notes nécessaires. Sa mère lui procura alors un petit harmonica chromatique à dix trous.

Après avoir vu les Harmonica Rascals à Chicago, Murad forma en 1937 un trio avec son camarade Pete Pedersen et l’accompagnateur Al Fiore. Le groupe se sépara lorsque Murad et Pedersen furent engagés par Minevitch. Murad quitta bientôt la troupe et, sur la suggestion de Fiore, les deux musiciens s’associèrent à l’excellent bassiste Don Less. Après une brève tentative avec une chanteuse, ils se produisirent dès le début des années 1940 comme ensemble exclusivement composé d’harmonicas sous le nom d’Harmonicats.

La fièvre des ensembles dans les années 1950

Joué massivement des deux côtés des fronts, l’harmonica connut un nouvel âge d’or après la Seconde Guerre mondiale et procura d’excellentes affaires à Hohner.

Les petits groupes, le plus souvent trios ou quatuors, devinrent un phénomène particulier. Les années 1950 furent marquées par une véritable « fièvre des ensembles ». Comme dans d’autres domaines, la tendance vint des États-Unis. Les Harmonicats de Jerry Murad eurent une influence immense. Les Hotchas aux Pays-Bas, le Trio Raisner en France et le Trio Herold en Allemagne s’en inspirèrent, tout en développant leur propre style et en lançant de nouvelles tendances.

Les Harmonicats – le trio le plus célèbre de tous les temps

Les trois musiciens américains ne percèrent qu’avec une gestion professionnelle. Bill Putnam produisit leur premier disque en 1947. Peg o’ My Heart, prévu comme simple face B, devint un succès gigantesque vendu à des millions d’exemplaires. Les Harmonicats multiplièrent ensuite concerts et succès discographiques, notamment Malagueña et Hora Staccato. L’album Cherry Pink and Apple Blossom White entra même dans les classements américains, à la 17e place de l’année 1960.

Leur grande époque finit pourtant par s’achever. Don Less quitta le groupe en 1972, Al Fiore prit sa retraite en 1982 et Jerry Murad se retira officiellement. Jusqu’à sa mort en 1996, Murad continua cependant à se produire avec Dick Gardner à la basse et Bob Bauer à l’accompagnement. Les Harmonicats furent acclamés lors d’une soirée de gala du Festival mondial de l’harmonica de Trossingen en 1989.

La scène berlinoise des années 1950

L’Allemagne de l’Ouest d’après-guerre connut un grand enthousiasme pour les trios, que Hohner encouragea par la publicité, les concours et les championnats allemands et mondiaux d’ensembles.

Hans-Joachim Schwarz, membre du trio berlinois Chromonica Bebby’s, se souvenait que tout commença véritablement vers 1955. On jouait partout : dans les rues, les parcs, les métros et les trains urbains. Des inconnus se rencontraient et rivalisaient dans tous les styles. Beaucoup possédaient d’étonnantes qualités de soliste. La plupart jouaient sur Chromonica II ou III, parfois sur des modèles Hohner Orchestra. Les premiers trios berlinois naquirent de ces musiciens de rue. L’harmonica était alors l’instrument de l’homme ordinaire.

Le trio habituel—harmonica chromatique pour la mélodie, harmonicas d’accompagnement et basse—créa son propre style. Les musiciens ajoutaient parfois un sifflet ou un harmonica miniature. Une véritable mise en scène était indispensable. Albert Raisner exploitait les différences de taille entre les membres de son trio, tandis que les Mouth Organ Swingers belges, futurs Morgans, proposaient eux aussi des spectacles impressionnants.

« Spectacle éclatant, jeu fulgurant » : la formule suivait les modèles américains d’avant-guerre. Mais cette mode disparut plus vite encore qu’elle n’était apparue. La plupart des innombrables trios se séparèrent au début des années 1960. Les engagements devinrent rares et l’harmonica fut repoussé vers les fêtes d’entreprise et la pratique privée. Des virtuoses internationaux comme Larry Adler et le nombre croissant d’harmonicistes de blues maintinrent heureusement l’instrument en vie.

La Chromonica dans la salle de concert

Malgré de grands artistes comme Larry Adler, Tommy Reilly, John Sebastian ou aujourd’hui Yasuo Watani, l’harmonica est resté une exception dans les salles de concert—mais une exception remarquable.

Né au Canada, Tommy Reilly (1919–2000) connut plusieurs décennies de succès et devint célèbre bien au-delà du monde de l’harmonica. Il construisit une carrière classique sur la Chromonica. Des compositeurs contemporains, notamment Gordon Jacob et James Moody, écrivirent des œuvres pour ce virtuose installé en Angleterre.

Avant la guerre, le jeune Reilly se produisait dans les music-halls. Pendant la guerre, il développa son jeu classique sur Chromonica durant son internement par la Gestapo.

Après 1945, les émissions de radio le rendirent particulièrement populaire dans son pays d’adoption, la Grande-Bretagne. Il constitua un répertoire de plus de vingt concertos, enregistra des dizaines de disques et se produisit souvent avec des formations prestigieuses comme le Royal Philharmonic Orchestra.

Le Silver Concerto et d’autres virtuoses

À la suggestion personnelle de Reilly, Hohner développa le modèle haut de gamme Silver Concerto. Une brochure publicitaire racontait qu’en 1967 il décida de faire construire le premier harmonica de concert en argent au monde. Un orfèvre londonien le réalisa à la main selon ses indications. Le Silver Concert Chromonica fut ensuite fabriqué par M. Hohner AG à Trossingen.

Peu d’autres solistes atteignirent le niveau de Larry Adler et Tommy Reilly dans la salle de concert. Le Britannique Ronald Chesney, né en 1920, fit sensation dans les années 1940 et 1950 avant de devenir scénariste.

Le Japonais Yasuo Watani, formé par Helmuth Herold à Trossingen dans les années 1980, incarne aujourd’hui les possibilités classiques de la Chromonica. Le Norvégien Sigmund Groven et l’Autrichien Franz Chmel comptent également parmi les virtuoses disposant d’un répertoire classique exigeant.

Technique et histoire des modèles

La principale différence avec les autres harmonicas réside dans la coulisse. Le principe permettant de libérer les demi-tons en actionnant cette coulisse est resté inchangé depuis plus de cent ans.

De nombreux détails ont toutefois été améliorés : matériaux, design, ergonomie et facilité d’entretien. Le CX-12 permet par exemple un accès particulièrement simple à l’intérieur de l’instrument.

Durant les premières décennies, les grands modèles Super Chromonica et Chromonica 64 constituèrent des étapes majeures grâce à leur étendue de 48 et 64 anches.

Le Discovery, lancé en 2012, est un modèle d’entrée de gamme fondé sur la Chromonica 270.

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